Retour aux articles
Orientation & Logistique

Études de médecine à l'étranger : vraiment une bonne idée ?

Espagne, Roumanie, Belgique… De plus en plus d'étudiants français partent étudier la médecine à l'étranger. Avant de faire tes valises, voici tout ce qu'il faut savoir sur les risques, les coûts réels et les pièges à éviter.

Jared Leterrier

Jared Leterrier

Sciences cognitives & pédagogie

Chaque année, des milliers d'étudiants français recalés (ou découragés) par le système PASS/LAS font le même choix : quitter la France pour étudier la médecine à l'étranger. La Roumanie, l'Espagne ou la Belgique font rêver avec leurs promesses d'accès sans concours, de diplômes européens reconnus et de frais réduits. Mais derrière cette vitrine séduisante se cachent des réalités bien plus complexes. Coût total sous-estimé, difficulté du retour en France, niveau de formation inégal… Avant de faire tes valises, voici ce que tu dois vraiment savoir.


Un phénomène massif, symptôme d'un système en crise

Ce que l'on qualifiait de phénomène marginal il y a dix ans est aujourd'hui devenu structurel.

Entre 5 000 et 10 000 étudiants français choisissent chaque année de quitter la France pour étudier la médecine en Europe. Les destinations privilégiées sont bien identifiées : 2 614 étudiants se trouvent en Roumanie, 681 en Belgique et 110 en Espagne.

Pourquoi un tel exode ? Le taux d'accès aux filières de santé est de 36 % pour les étudiants en PASS, mais seulement de 17 % pour ceux en LAS. Face à ces chiffres et à l'impossibilité de redoubler en PASS, environ 10 % des étudiants n'ayant pas accédé aux formations MMOP poursuivaient des études de santé à l'étranger à la rentrée 2022-2023.

60 %

C'est la part des étudiants en médecine qui ont envisagé d'abandonner leur cursus. 40 % présentent des symptômes de burn-out et 70 % souffrent d'anxiété. L'expatriation apparaît souvent comme une échappatoire psychologique autant qu'académique. (enquête MACSF, 2025)


Les trois destinations favorites des Français

Roumanie : la destination n°1, mais pas sans risques

La Roumanie est de loin la destination la plus prisée. Son principal atout : un accès direct après le baccalauréat, sans concours, avec des cursus complets en français et une reconnaissance européenne du diplôme.

Ce que ça coûte vraiment. Les frais annuels se situent en moyenne entre 5 000 et 7 500 euros pour les étudiants internationaux. Le coût de la vie reste abordable : un étudiant peut vivre correctement avec un budget de 500 à 800 euros par mois, tout compris. Sur six ans, la facture totale (scolarité + vie) peut ainsi dépasser 80 000 à 100 000 euros, loin de l'image "bon marché" souvent véhiculée.

Le piège du retour. En 2024, seuls 14 étudiants français sur 36 ont réussi la première session des EDN à Cluj-Napoca, sur une promotion d'environ 90 Français. Plus globalement, en 2024, seuls 8 % des étudiants formés à l'étranger s'étant présentés au concours pour intégrer le troisième cycle de médecine en France ont réussi leurs épreuves.

Le niveau de formation en question. En 2023, le classement moyen des étudiants français formés en Roumanie aux ECNi était de 9 081e, contre une moyenne de 4 186e pour les étudiants de Montpellier. La conférence des doyens de médecine souligne que le niveau de formation de ces étudiants n'est pas équivalent à celui des étudiants formés en France.

Belgique : plus proche, mais de moins en moins accessible

La Belgique, francophone et géographiquement proche, reste une option attractive. Mais la donne a changé.

Depuis 2017, les candidats doivent passer un examen d'entrée écrit, composé d'une partie scientifique (maths, physique, biologie) et d'une épreuve évaluant les capacités de communication et d'empathie. Le quota maximum de places prévues pour les non-résidents (dont les Français) est limité à 30 %. En cas d'échec, il est possible de repasser l'examen une deuxième fois dans les cinq ans.

Ce que ça coûte. Les frais de scolarité restent modérés pour les ressortissants européens, mais le coût de la vie à Bruxelles ou Liège est sensiblement plus élevé qu'en Roumanie. Il faut compter entre 800 et 1 200 euros par mois pour vivre correctement en Belgique.

Le vrai avantage. Le retour en France est plus aisé depuis la Belgique. Parmi les médecins nés en France exerçant aujourd'hui dans l'Hexagone et diplômés dans l'UE, 229 l'ont été en Belgique : c'est la première source de diplômes européens pour les médecins français.

Espagne : séduisante sur le papier, piégeuse en pratique

L'Espagne attire par ses frais réduits dans le public : les frais de scolarité vont de 680 à 1 500 euros annuels dans les universités publiques, mais jusqu'à 20 000 euros dans les universités privées.

La barrière linguistique, un obstacle majeur. Les cours sont majoritairement dispensés en espagnol, et les candidats espagnols sont avantagés à l'examen d'entrée (la PAU), car ils sont préparés aux disciplines des épreuves, contrairement aux candidats français.

L'entrée n'est pas si simple. L'Espagne ne pratique pas l'accès libre. La sélection repose sur les résultats du baccalauréat et un examen d'entrée spécifique, dont les critères favorisent les candidats locaux. Un étudiant français qui ne maîtrise pas l'espagnol couramment part donc avec un désavantage structurel important.

Le mot d'Alex 6e année de médecine

J'ai vu plusieurs camarades de promo partir en Roumanie après leur échec en PASS. Certains s'en sont très bien sortis, ils sont revenus motivés, avec une vraie expérience humaine. Mais d'autres ont déchanté rapidement. Le plus grand choc, c'est le retour. On leur avait vendu un diplôme "reconnu en Europe", mais personne ne leur avait dit qu'il faudrait quand même passer les EDN pour faire leur internat en France, et que le taux de succès était catastrophique. Le vrai conseil que je donnerais : si tu pars, pars en sachant que tu risques de ne pas revenir exercer en France. Est-ce que tu te vois vivre avec ça ?


Les 5 pièges à éviter absolument

Piège n°1 : sous-estimer le coût total

Les frais de scolarité ne représentent qu'une partie de la facture. Logement, nourriture, transports, billets d'avion, préparations aux EDN (souvent payantes), traductions officielles de documents… Sur six ans, le budget réel peut dépasser les 100 000 euros, surtout en Belgique ou en Espagne.

Piège n°2 : croire que le diplôme suffit pour revenir exercer en France

Le retour pour l'internat reste très limité : en 2023, seuls 107 Français diplômés en Europe ont intégré les ECNi, soit à peine plus de 1 % des nouveaux internes. La reconnaissance du diplôme européen n'est pas automatiquement synonyme d'intégration dans le système de santé français.

Piège n°3 : tomber dans le piège des agences d'inscription

De nombreuses agences facturent des services d'accompagnement parfois très coûteux pour des démarches que l'étudiant peut effectuer seul. Renseigne-toi directement auprès des facultés ciblées avant de payer un intermédiaire.

Piège n°4 : négliger la barrière linguistique

En Espagne notamment, suivre des cours en espagnol technique et médical exige un niveau bien supérieur à celui du baccalauréat. En Roumanie, si les cours sont en français, les stages cliniques se font souvent en roumain, une langue que la majorité des étudiants ne maîtrise pas à l'arrivée.

Piège n°5 : idéaliser le « système moins compétitif »

L'absence de numerus clausus à l'entrée ne signifie pas l'absence de sélection. Elle a simplement lieu en cours de cursus, sous forme d'examens réguliers. La conférence des doyens d'odontologie regrette que ces étudiants soient formés dans des environnements académiquement et cliniquement moins rigoureux.


Alors, partir ou ne pas partir ?

Étudier la médecine à l'étranger peut être un choix éclairé et judicieux, à condition de ne pas le faire par défaut ou sous le coup de la déception. Avant de décider, pose-toi ces questions :

  • Es-tu prêt à envisager d'exercer dans le pays où tu te formes, ou dans un autre pays européen ?
  • As-tu le niveau linguistique requis (espagnol courant, bases de roumain pour les stages) ?
  • As-tu budgété l'intégralité du cursus, préparations aux EDN incluses ?
  • As-tu consulté des étudiants déjà engagés dans ce parcours pour recueillir des témoignages concrets ?

Si tu réponds "oui" à ces questions, l'étranger peut représenter une vraie opportunité. Sinon, il vaut mieux envisager d'autres options. Par exemple la LAS, qui offre une seconde chance en France, ou la future réforme du portail Santé unique prévue pour 2027.

Orientation & Logistique PASS ou LAS : comment choisir sa voie pour la rentrée 2026 ?

Conclusion

L'expatriation médicale n'est ni une solution miracle, ni une impasse. C'est un choix de vie qui engage six ans d'études, des dizaines de milliers d'euros, et qui peut déboucher sur une carrière épanouissante, à condition d'y aller les yeux grands ouverts. La séduction de « l'accès sans concours » ne doit pas masquer les difficultés réelles du retour en France et les inégalités de formation que pointent les institutions françaises. Informe-toi, compare, et surtout : projette-toi vraiment dans ce parcours avant de signer une inscription.

Une question sur cet article, ou un point qui reste flou ? Viens en parler sur le Discord

Articles similaires

Questions fréquentes